L'horrible pin du coteau d'en face, silhouette noire émaciée, fait un sourire diabolique au ciel tortueux.
On entend au loin les tonnerres orphiques comme un roulement de gravier.
Un vent tiède des nuits fait bruisser en concert les feuilles ardentes des chênes noueux.
On gronde ici.
On rage là.
Les immortels s'étreignent, s'empoignent pour une folle danse tumultueuse, impérissable et souveraine.
Zeus libère les cyclopes, foudres et tonnerres à tout va !
Hadès engendre les mortes eaux.
Neptune sourde une vengeance maritime.
L'orage est annoncé.
Impérieux.
Inéluctable.
Le génocidable moustique bat des ailes connement autour d'une fleur de pissenlit qui s'en bat le pistil. Il ne pourra résister longtemps au souffle sauvage de la tourmente qui déferle à présent. Bien fait pour sa gueule ! Le voilà qui s'écrase la rondelle sur un tronc salutaire d'un robinier. Mon sang, honteusement pompé le quart-d'heure précédent, s'étale sur l'écorce. Tâche rouge bouillonnante d'une vie cellulaire. Hin Hin ! Je redeviens le petit homme, con comme une bite, qui jubilait de tant de cruauté face à l'extermination d'une fourmilière sous les assauts incendiaires d'un briquet Bic orange. Ah l'éternelle condescendance de l'homme envers la méprisante condition des invertébrés suceurs ! Qu'ils aillent au diable ! Hin Hin Hin ! Je jubile ! Je jouis ! Je suis un monstre !
Le rossignol, qui plutôt sifflait l'air des charmilles enchanteurs, ressemble désormais à n'importe quel chien cagneux sur une place de village regardant piteusement le pigeon branlant qui lui chie à la truffe.
La vannesse explose. Feu d'artifice pigmentaire.
Tête baissée et cul levé, la fourmi rentre dare-dare en laissant tomber sa maigre pitance. Fissa Fissa ! L'océan rageur approche, dévastateur.
L'orage ! Le grand orage !
Le voilà qui déploie sa fureur ! Son enthousiasme déferle comme un rouleau compresseur !
Au beau milieu d'un champ, je suis pris en étau. Lessivé, rincé, abattu ! Une branche, venue dont je ne sais où, s'abat sur ma pauvre gueule qui n'en demandait pas tant. Des herbes hautes me fouettent le visage. Lacéré ! Lessivé, rincé, abattu ! La boue ! Partout la boue !
Je sens autour de moi une présence. Ou plutôt, des présences.
Je lève les yeux.
Un parterre rigolard et moqueur contemple le pitoyable homme que je suis.
Il y a là la moustique, le rossignol, la vannesse et la fourmi, cul baissé et tête haute !
Bien vivants. Narquois et railleurs.
Je vous le disais.
On n'est bien peu de chose !
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BLANCAFORT Né le 3 Octobre 1965